Section PCF 92000 de Nanterre

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INTERVENTION VINCENT PASCUCCI PRESIDENT D’HONNEUR ANACR NANTERRE pour la commémoration du 72ème anniversaire de la Libération de Nanterre

le 15 September 2016

INTERVENTION VINCENT PASCUCCI PRESIDENT D’HONNEUR ANACR NANTERRE pour la commémoration du 72ème anniversaire de la Libération de Nanterre

Monsieur le Préfet des Hauts de Seine,

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mes chers camarades Anciens Combattants,

Mesdames, Messieurs,

 

Nous sommes réunis ce jour pour célébrer la Libération de la France et celle de Nanterre en particulier.

Notre ville a été libérée le 21 août 1944 par les forces de la Résistance unie alors que Paris, par l’action de la Résistance de la Région Parisienne, et avec le concours de la division du Général Leclercq ne le fut que le 25 août 1944. Date à laquelle le général nazi Von Choltitz capitule, demande la cessation des combats et signe l’acte de reddition sans condition en présence du Général Leclercq et du Colonel Rol-Tanguy, chef de la Résistance parisienne.

Pour bien comprendre ce que fut cette deuxième guerre mondiale, il faut se souvenir  du lourd tribut payé par les populations civiles, comme à Nanterre

  • Le 4 juin 1940, l’aviation hitlérienne va bombarder notre ville, les bombes tomberont sur l’école Jules Ferry tuant 13 élèves et leur institutrice.
  • Dans la même semaine, les avions vont ensuite attaquer l’avenue de la République, de la gare de Nanterre jusqu’au pont de Rouen en ciblant le terrain militaire du secteur de la Folie. De nombreuses maisons seront écrasées sous les bombes faisant un grand nombre de morts et de blessés parmi la population
  • La ville se videra quasiment de ses habitants sur cette période d’évacuation en panique vers le sud de la France qu’on appellera l’exode.
  • Le 10 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht occupe Nanterre, le fort du Mont Valérien et le camp militaire de la Folie (aujourd’hui emplacement de l’université Paris Nanterre) ainsi que les belles maisons de la ville comme le petit château de la Boule (aujourd’hui centre de loisirs maternelle) pour loger les officiers nazis.

La vie des Nanterriens va changer :

  • Couvre-feu de 22 heures à 6 heures du matin sauf pour ceux qui ont un laissez-passer délivré par la police ou les autorités allemandes.
  • Tout rassemblement de plus de 3 personnes est interdit.
  • Les bals et les fêtes publiques sont interdits.
  • Le maire et ses adjoints sont désignés par le Préfet de Paris aux ordres des autorités allemandes.
  • Des tickets de rationnement sont mis en place pour pouvoir acheter la moindre chose sauf à passer par le marché noir qui coûte très cher et qui a enrichi, d’ailleurs, quelques personnes.

Malgré les difficultés et les menaces d’emprisonnement, il y aura des grèves dans quelques entreprises de la ville comme chez Willemme et Moinon pour exiger davantage de tickets de rationnement pour les travailleurs.

La vie est extrêmement difficile. On manque de tout.

Raymond Barbet, maire de Nanterre, légitimement élu en 1935, après avoir été destitué en 1939 par le gouvernement français, a été arrêté et emprisonné au fort Barraux dans les Alpes de Haute Provence dont il s’évadera avec quelques compagnons. Le député de Nanterre/Colombes, Waldeck Rochet est arrêté et envoyé au bagne en Algérie.

Malgré ses arrestations, la Résistance va s’organiser autour d’anciens élus communistes et de sympathisants.

Les jeunes communistes sous la direction de Louis Meunier vont aussi s’organiser. A Nanterre, il existe d’autres groupes de Résistants, en particulier, des gaullistes qui restent très distants face à l’action immédiate mais se tiennent prêt pour le jour J, en respectant les consignes de Londres.

Sur le Mont-Valérien, le groupe des gaullistes ne respectera pas cette décision et seront très actifs sur le quartier. Par exemple, ils sauveront deux aviateurs anglais dont les avions bombardiers avaient été abattus par la DCA allemande.

La répression policière touche particulièrement les militants communistes. Plus d’une vingtaine d’entre eux seront arrêtés par la police française sous le commandement du commissaire Bizouard de Puteaux. 9 d’entre eux seront fusillés au Mont Valérien en avril 1942, 8 autres vont être déportés à Auschwitz-Birkenau dans le convoi des 45 000 . Aucun ne reviendra vivant.

Les 2 femmes chez qui se trouvaient la ronéo et le papier pour imprimer des tracts seront déportées au camp de Ravensbruck, une seule reviendra en 1945.

Les groupes de jeunes échapperont aux arrestations de la police de Puteaux. Ils vont devenir particulièrement actifs et mettre la police et les autorités allemandes sur les dents. La nouvelle forme d’organisation des FTPF, en triangle fera que si un est arrêté, il ne pourra donner sous la torture que les 2 noms des combattants avec qui il est en contact. Ces mesures de sécurité montreront toute leur efficacité.

Distribution des tracts, prises de parole sur les lieux publics (marchés, porte des usines ou devant la gare de Nanterre) sont régulièrement organisées.

Les cinémas restent ouverts mais les actualités sont soumises au véto de la Kommandatur de Paris. Nous investissons les salles de cinéma, le bureau du directeur, la salle de projection et nous prenons la parole pour donner les vraies nouvelles de la guerre, en particulier, les revers des armées hitlériennes et appeler à la Résistance. Les jeunes Résistants de Nanterre avaient pour responsables à l’organisation de ces manifestations : Louis Meunier, son frère René, Pierre Mouret, Jean Guily, Georges Trévalinet et moi-même. Nous intervenons sur Nanterre mais aussi sur les communes proches.

Pour le 14 juillet 1944, les responsables FTPF de la 7ème région des communes du Nord du département de la Seine décident de l’organisation d’une manifestation. Nous avons rendez-vous au croisement de la rue du Mont Valérien et du Boulevard Richard Wallace à Puteaux. Il fait un temps magnifique. A 11h pile, coup de sifflet, tout le monde se rassemble, les jeunes filles en tête de cortège avec les drapeaux tricolores, la Marseillaise retentit. Sur son parcours, le cortège se renforce avec des passants.

Les FTP de Nanterre sont chargés de la sécurité du cortège et restent à la fin de celui-ci..

La manifestation arrive devant l’Hôtel de Ville de Puteaux. Des soldats allemands avertis arrivent de la caserne proche en avant du cortège, les policiers du commissariat de Puteaux par l’arrière. L’ordre de dissolution est donné. Cela va très vite, il ne reste alors que notre groupe face à la police. Un seul de nos camarades sera arrêté. Nous nous échapperons par le jardin de la gendarmerie grâce aux gendarmes.

Cette démonstration de la force de la Résistance restera longtemps dans les mémoires et permettra à de nombreux habitants de rejoindre les résistants au moment de la Libération en août.

Des actions comme celle-ci, il y en a eu plusieurs en Région Parisienne avec parfois des combats violents avec les armées d’occupation ou avec la police française.

Ce fut un des éléments qui permit au colonel Rol-Tanguy de lancer le mot d’ordre d’insurrection, le 19 août 1944 qui conduira à la Libération de Paris.

Le 10 août 1944, grève des cheminots au centre de triage de Vitry, suite à une série d’arrestation de cheminots par les nazis. Raymond Barbet est l’un des organisateurs de cette grève qui va faire boule de neige et qui va se poursuivre avec celle du métro, des bus puis de la police et enfin d’un grand nombre d’usines de la Région Parisienne.

La Libération de Paris est en marche. Sur les barricades, les parisiens combattent les nazis. Les forces de la Résistance s’emparent de nombreux bâtiments administratifs. L’arrivée de la division Leclercq amène les nazis à prendre conscience de la situation ce qui conduira à la reddition sans condition des forces d’occupation le 25 août 1944.

A Nanterre, le 20 août 1944, les pompiers ont hissé le drapeau français au faite de leur caserne, (où est maintenant l’Agora), avant de la quitter .

Les Allemands qui sont aux abois, mettent le feu aux installations du camp de la Folie et tirent sur tout ce qui bouge. C’est ainsi qu’ils tueront l’agent de police Noël Pons qui se rendait à son travail au commissariat de Nanterre.

Ce même jour se tient une réunion dans la pièce du fond du café chez Gaston, place du Martray, (maintenant place Gabriel Péri).

René Meunier, le père, responsable du comité de Libération de Nanterre, nous annonce à Louis Meunier et à moi-même, tous deux responsables des FTPF , que le maire collabo et ses adjoints ont été arrêtés et que le lendemain, à la Mairie, sera installé le Comité de Libération.

Il me dit : « Toi Vincent, tu prends 3 gars aguerris et armés et demain matin, vous avez rendez-vous avec Raymond Barbet à 9h30 au Pont de Neuilly. Vous devez assurer sa sécurité jusqu’à Nanterre pour qu’il participe à la réunion du comité de Libération ». Les consignes sont données à chacun et la réunion terminée, nous partons chacun de notre côté assurer nos missions.

René Meunier et son fils seront arrêtés par les nazis sur le chemin du retour. Ils sont amenés à la caserne des pompiers. Louis Meunier est fouillé, on trouve sur lui son révolver et son brassard FTP-FFI.

L’officier lui commande de monter décrocher le drapeau tricolore. Il refuse. L’officier le menace alors de son arme. Pour calmer le jeu, René Meunier propose de monter lui-même décrocher le drapeau. Pendant qu’il monte à l’échelle, Louis est ramené à l’intérieur de la caserne où il est abattu par une rafale de mitraillette.

René est emmené au fort du Mont Valérien d’où il sera relâché avec d’autres prisonniers dans le cadre d‘un échange négocié par le Consul de Suède.

Le 21 août, en arrivant à la Mairie avec Raymond Barbet, où s’installe le comité de Libération, nous apprenons la mort de Louis. Raymond Barbet reprend sa place de Maire .

Avec l’ensemble du groupe de FTP de Nanterre, nous jurons de venger Louis Meunier.

La prise du Mont Valérien n’aura lieu que le 26 août, les nazis refusant de se livrer à la Résistance qui cerne le fort et ne voulant se rendre qu’à l’armée régulière.

Quand nous rentrerons dans le fort du Mont Valérien, nous rendrons hommage dans la clairière aux 2000 fusillés de la Résistance dont plus de 1500 au Mont valérien.

Notre groupe de Nanterre s’organise alors dans le bataillon Hoche et me nomme Lieutenant de la section militaire « Louis Meunier » que je vais donc avoir l’honneur de commander. Notre section sera intégrée aux commandos d’Afrique de la 1ère armée française qui a débarqué à Marseille.

Quant à mon camarade Jean Guily avec 9 camarades volontaires il participera à la Libération de la Lorraine avec la brigade « Fabien » du 151ème régiment d’infanterie. Le jeune Malheurty de Nanterre, sera blessé pendant cette campagne et mourra de ses blessures à l’hôpital militaire.

Je ne peux terminer ce bref rappel de l’histoire de notre ville de 1940 à 1945 sans rendre hommage aux familles nanterriennes qui ont été déportées dans les camps de la mort parce que juives, sans rendre hommage à nos camarades fusillés ou morts en déportation.

Gloire à vous mes camarades, mes frères de combat qui au-delà de vos origines, de vos croyances, avez lutté pour que vive libre la France, la France du Front populaire, la France des droits de l’Homme, pour un monde meilleur fait de solidarité, contre les idées nauséabondes du nazisme, de l’exclusion, de la collaboration.

Vous avez choisi de vous battre au péril de votre vie. Camarades, je vous salue.

Vive la France

 

4 septembre 2016